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La pudeur chez les tout-petits : conseils pour bien l’accompagner

La pudeur chez les tout-petits :  conseils pour bien l’accompagner

Isabelle Filliozat décrit la pudeur comme une "frontière invisible" que l'enfant établit autour de lui pour protéger son "jardin secret".
Respecter cette pudeur, c'est offrir à l'enfant la sécurité d'être lui-même, de préserver son intimité et son identité.

Cette vision met en avant la pudeur comme un mécanisme de protection et d'affirmation de soi, plutôt que comme une simple réaction de honte.

Définition de la pudeur

La pudeur est un concept complexe, souvent associé à la honte, mais elle s'en distingue.
Le mot "pudeur" vient du latin pudor, qui signifie "avoir honte".

Cependant, la pudeur ne se réduit pas à la honte.
Elle est plutôt liée à une forme de retenue, de discrétion, ou de gêne ressentie face à une exposition non désirée, notamment en ce qui concerne le corps et l'intimité.

Le Larousse définit la pudeur comme une "discrétion, retenue qui empêche de dire ou de faire ce qui peut blesser la décence, spécialement en ce qui concerne les questions sexuelles".

Cette définition souligne son aspect relationnel : la pudeur implique une interaction avec autrui, où l'on cherche à préserver son intimité ou à éviter une intrusion dans celle des autres.

Différence entre pudeur et honte

Bien que la pudeur et la honte soient souvent liées, elles ne sont pas synonymes :

La honte est une émotion souvent associée à un sentiment de culpabilité, de dévalorisation ou de jugement négatif de la part des autres ou de soi-même.
Elle peut être déclenchée par une transgression perçue des normes sociales ou morales.

La pudeur, en revanche, est davantage liée à la protection de l'intimité et à la délimitation d'un espace personnel.
Elle est une réaction de gêne face à une exposition non souhaitée, notamment de la nudité ou des aspects intimes de la vie.

À quoi sert la pudeur ?

La pudeur a pour fonction essentielle de délimiter un espace privé, un territoire intime qui permet à chacun de se préserver et de maintenir une distance nécessaire par rapport à autrui.

Elle agit comme une frontière invisible, une limite qui protège l’individu en lui offrant la possibilité de se retirer, de se construire une intériorité propre et de s’ouvrir à l’altérité tout en gardant une part de soi non partageable.

La pudeur est comparable à un cercle imaginaire que l’on trace autour de soi, un espace symbolique qui permet de maîtriser l’intrusion du regard de l’autre et de définir un sanctuaire personnel où l’intimité peut s’épanouir.

Selon Jean-Claude Liaudet, la pudeur joue un rôle clé dans la protection de l’intimité et la préservation de la dignité de la personne.

Elle établit des frontières claires entre soi et les autres, permettant à chacun de se sentir en sécurité dans son espace personnel.

Ces limites ne sont pas seulement physiques, mais aussi psychologiques et émotionnelles. Elles aident à préserver ce qui est précieux et unique en chacun de nous, tout en favorisant une relation saine avec autrui, basée sur le respect mutuel.

Didier Anzieu, avec sa théorie du "Moi-Peau", apporte une perspective complémentaire.
Il explique que la construction de l’identité passe par la distinction entre "moi" et "non-moi". Ce qui est à l’intérieur de la peau représente le "moi", tandis que ce qui est à l’extérieur appartient au monde extérieur.

Cette différenciation est fondamentale pour que l’enfant, puis l’adulte, puisse se sentir unique et distinct des autres.

La pudeur s’inscrit dans ce processus : elle émerge lorsque l’individu commence à construire son intériorité et à affirmer son identité.
Elle prend place dans ces espaces intimes où l’on se sent pleinement soi-même, protégé des regards et des influences extérieures.

Ainsi, la pudeur ne se réduit pas à une simple réaction de gêne ou de retenue. Elle est un mécanisme essentiel pour préserver l’intégrité psychique et émotionnelle de l’individu.
Elle permet de se sentir en sécurité dans son propre corps et dans son esprit, tout en facilitant des relations authentiques avec les autres.

En définissant ce qui peut être partagé et ce qui doit rester caché, la pudeur contribue à l’équilibre entre ouverture et protection, entre individualité et relation à autrui.

Elle est, en somme, un pilier de la construction de soi et du respect de l’autre.

L’importance du regard dans la construction de l’intimité

L’intimité est un espace précieux que chacun choisit d’ouvrir ou de fermer à l’autre, car elle repose sur un équilibre subtil : "chacun à sa place permet la place de chacun".

Cette phrase illustre bien que le respect des limites de l’un permet à l’autre de se sentir en sécurité et reconnu dans son individualité.

Ce Moi-Peau se forme à travers les soins, les gestes, les paroles et, surtout, les regards que l’on porte sur l’enfant.
Quand ces regards sont bienveillants et respectueux, ils renforcent son sentiment de sécurité et d’existence.

En revanche, lorsqu’ils sont intrusifs ou jugements, ils fragilisent cette enveloppe psychique et émotionnelle, mettant en péril la construction de son intimité.

Il est essentiel de rappeler que les soins que nous prodiguons à l’enfant sont les soins qu’il se prodiguera plus tard. 
Chaque geste, chaque parole, chaque regard posé sur lui contribue à façonner sa manière de se percevoir et de se protéger.

La pudeur ne s’apprend pas par des leçons ou des recommandations ; elle se transmet par l’expérience et par la qualité des interactions avec l’adulte.
L’enfant, encore vulnérable, compte sur l’adulte pour l’aider à définir et à protéger son intimité.
Comme l’écrit Freud, "le parent est le bouclier de l’enfant".

C’est à l’adulte de filtrer les regards et les intrusions extérieures, de créer un environnement sécurisant où l’enfant peut progressivement apprendre à distinguer ce qui lui appartient de ce qui appartient aux autres.

En grandissant, l’enfant intègre ces filtres et devient capable de les appliquer lui-même, construisant ainsi son autonomie et sa capacité à préserver son intimité.
La pudeur est également étroitement liée à la confiance en soi, à l’estime de soi et à l’image du corps.

Elle permet à l’enfant de se sentir digne et respecté dans son intégrité physique et psychique.
Lorsque la pudeur est respectée, l’enfant apprend à accepter son corps, à en prendre soin et à en être fier.

À l’inverse, une pudeur bafouée peut entraîner des sentiments de honte, de vulnérabilité ou de méfiance envers les autres.
La pudeur agit alors comme un voile, un outil symbolique qui appartient au désir d’intimité de l’enfant.
Ce voile lui permet de voiler, dévoiler et revoiler son espace intérieur selon ses besoins et ses envies, lui offrant ainsi une maîtrise progressive de son intimité.

Enfin, il est important de souligner que le regard de l’autre n’est pas seulement une question de visuel ; il inclut aussi l’attention, l’écoute et la manière dont l’enfant est perçu dans sa globalité.

En respectant la pudeur de l’enfant, on lui offre les outils nécessaires pour construire une relation saine avec lui-même et avec les autres, tout en préservant son jardin secret, cet espace intime où il peut être pleinement lui-même.

Le temps de penser la pudeur

Il a fallu longtemps pour que la pudeur, reconnue comme un sentiment lié à l’intime, émerge dans la conscience collective, soit pensée, nommée, repérée et étudiée.

Aujourd’hui, reconnaître que le très jeune enfant peut se montrer pudique revient à admettre qu’il est un être sexué, doté d’une sexualité qui, bien que différente de celle de l’adulte, existe et mérite d’être respectée.

Pourtant, cette réalité est souvent occultée : l’enfant est fréquemment perçu comme asexué, et tout est mis en œuvre pour masquer cette dimension de son développement.
L'adulte hésite à utiliser les termes comme "pénis", "vulve" pour désigner les organes sexuels. 
On utilise des termes infantilisants comme "fesse" pour désigner autant le sexe que les fesses, ou encore des expressions comme "cucu", "founette" ou "foufoune", chanté par Pierre Peret.

Ce langage, loin d’être adapté, témoigne d’un déni de la sexualité infantile et contribue à brouiller les repères de l’enfant.

Lorsque l’enfant reconnaît son identité sexuelle, vers 2 ou 3 ans, et qu’il se perçoit comme fille ou garçon, il manifeste une curiosité naturelle pour son corps et le corps de l’autre, et peut vouloir se toucher ou toucher les autres.

Cette curiosité n’a rien de sexuel au sens adulte du terme ; elle relève simplement d’une exploration innocente et d’un besoin de comprendre les différences.

Pourtant la sexualité infantile existe, elle est autoérotique. Le plaisir est recherché en lui-même, tandis que pour la sexualité adulte le plaisir recherché est obtenu dans la relation à l’autre.
Comme l’a montré "Freud" dans sa théorie des stades du développement psychosexuel, l’enfant traverse plusieurs phases qui se chevauchent et se succèdent.

Le stade oral (de la naissance à 2 ans) est dominé par la zone buccale : tout passe par la bouche, source de ses premières satisfactions.

Ensuite, le stade anal (entre 2 et 4 ans) marque une étape cruciale où l’enfant apprend à contrôler ses sphincters, acquiert de l’autonomie et utilise le "non" pour affirmer sa volonté.

Le stade phallique (entre 2 et 5 ans) est caractérisé par une attention accrue portée aux zones génitales et à la découverte des différences anatomiques entre les sexes.

La période de latence qui s’étend quant à elle entre 6 ans et la puberté, la curiosité sexuelle est au repos.

Pour finir le stade génital, qui s’inscrit dans l’adolescence, où la sexualité passe d’autoérotique à hétéro-érotique, avec des partenaires.

Pourtant, les manifestations de la pudeur chez l’enfant sont souvent mésestimées par les adultes, qui y voient parfois des caprices ou des comportements inexplicables.

Par exemple, on peut s’étonner qu’Alice, habituellement ouverte, refuse que sa tante là lave. Ces réactions ne sont pas anodines : elles traduisent un besoin de protéger son intimité et de maîtriser ce qui touche à son corps.

À l’inverse, reconnaître et respecter sa pudeur, c’est lui accorder une dignité, en validant son droit à disposer de son corps et à définir son espace intime.

Penser la pudeur, c’est accepter que l’enfant est un être à part entière, doté d’une sexualité qui évolue avec lui.
C’est aussi comprendre que cette pudeur, loin d’être un caprice, est une étape essentielle dans la construction de son identité et de son rapport aux autres.

Comme l’écrivait Françoise Dolto, "tout ce qui ne se dit pas s’imprime"

Comment se dévoile la pudeur chez le jeune enfant

Martine, psychanalyste, raconte : À la crèche, Léo, trois ans, est un petit garçon joyeux et plein d’assurance.
Il adore jouer avec ses camarades, courir partout et rire aux éclats.
Aujourd’hui, après le déjeuner, il est temps pour lui d’aller aux toilettes.
Il se précipite dans les sanitaires et commence à baisser son pantalon tout seul, concentré sur son geste.
Comme chaque jeudi, je fais ma tournée pour saluer les enfants et les professionnelles.
Je pénètre dans la pièce sans prêter attention au contexte et, à cet instant précis, Léo, en plein mouvement, se fige brusquement.
Son regard se détourne, son corps se crispe. Il remonte précipitamment son pantalon, les joues rougies, et tourne le dos.
Je m’arrête, surprise par sa réaction. « Léo, c’est parce que je suis entrée ? »
lui demandai-je doucement.
Il ne me répond pas, garde la tête baissée et reste immobile.
L’auxiliaire qui l’accompagne intervient aussitôt. Elle s’accroupit à sa hauteur et lui dit avec bienveillance : « Tu veux que Martine attende dehors ? »
Léo hoche rapidement la tête.
Je sors sans un mot. Quelques secondes plus tard, j’entends l’auxiliaire lui murmurer : « Tu étais embêté que Martine soit là?»
Cette fois, Léo se détend, se retourne vers elle et reprend son geste interrompu.

Un jour, une maman m’a confié son inquiétude au sujet du comportement de son petit Eliott, deux ans.
Elle m'expliquait qu’auparavant, lorsqu’il était plus jeune, il adorait qu’elle le sèche après le bain.
Elle lui passait la serviette partout sur son corps, et il riait. Mais, la veille, il lui avait dit : "Non, pas là, tout seul !".
Je l'ai rassurée en lui expliquant que cela montrait simplement qu’Eliott grandissait et qu'il commençait à vouloir prendre plus d'indépendance, notamment pour s'occuper de son propre corps.
C’est un signe positif de développement.

j’ai souvent remarqué que certains enfants refusaient de retirer leur pull préféré pour la sieste. 
Le vêtement devenait comme une enveloppe, créant un lien intime avec eux, au point de sembler faire partie de leur peau.
Il délimite un intérieur, un extérieur, un dessus, un dessous, leur offrant à la fois une forme de stabilité et de réconfort.
Je l'ai rassurée en lui expliquant que cela montrait simplement quEliott grandissait et qu'il commençait à vouloir prendre plus d'indépendance, notamment pour s'occuper de son propre corps.
C’est un signe positif de développement.

Accompagner le développement de la pudeur chez les enfants de 3 ans :

Rappelez-vous:

La pudeur est une étape naturelle du développement de l’enfant, ce que veut nous dire Elliot c’est qu’il est indispensable de signifier à l’enfant dès le plus jeune âge que son corps lui appartient. C’est en respectant cette notion que la pudeur peut naturellement s’installer.

  • Respecter son autonomie : Autour de 2 ans et demi à 3 ans, il est important d’encourager l’enfant à prendre soin de lui-même : se savonner, se laver les cheveux, se doucher ou même aller aux toilettes tout seul, sans que l’adulte se sente obligé de vérifier ou de corriger ses gestes.
    Cette autonomie aide à renforcer sa confiance en lui et à comprendre le lien entre son corps et son intimité.
  • Respecter leur besoin d’intimité : À cet âge, certains enfants deviennent plus sensibles au regard des autres et au contact physique sur certaines parties de leur corps.
    Il est crucial de respecter ce besoin d’intimité naissant.
    Les parents doivent apprendre à repérer les signes de gêne et à y répondre avec douceur, en n'assistant pas pour les déshabiller ou effectuer des gestes qu’ils n’acceptent pas.
  • Encourager le respect du corps : C’est le moment où l’enfant prend conscience que son corps lui appartient.
    Il est important de lui enseigner le respect de son propre corps et de celui des autres.
    Les parents peuvent expliquer de façon simple et adaptée ce qui relève du « privé » et du « public », en les aidant à comprendre les frontières de leur corps.
  • Utiliser un langage adapté : Parler de la pudeur de façon naturelle et bienveillante est essentiel. En expliquant sans gêne les parties du corps et en utilisant des mots appropriés, les parents aident l’enfant à se sentir à l’aise tout en lui donnant des repères sur les limites à respecter.
  • Modéliser un comportement respectueux : Les enfants apprennent par imitation : Les parents doivent montrer l’exemple en respectant leurs propres limites de pudeur et en adoptant des comportements respectueux vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres.
    Cela les aide à comprendre l’importance du respect mutuel et de l’intimité.
  • Éviter de forcer l’enfant dans des situations inconfortables : Si l’enfant refuse d’être touché ou n’accepte pas de l’aide pour certaines tâches, il est essentiel que les parents respectent ce refus et lui donnent l’espace nécessaire pour grandir à son rythme, sans pression. 
  • Valoriser la communication ouverte : Encourager l’enfant à exprimer ses émotions, poser des questions et parler librement de la pudeur est primordial.
    Les parents peuvent le rassurer en lui expliquant que tout le monde a des besoins différents et que c’est normal de vouloir être seul parfois.
  • Surveiller les influences extérieures : À cet âge, les enfants sont également exposés à ce qu’ils voient à la télévision ou dans les médias.
    Il est important que les parents surveillent ces influences et soient attentifs aux images ou aux comportements qui peuvent ne pas être adaptés à leur âge.
    Discuter avec eux de ce qu’ils voient et leur expliquer ce qui est approprié ou non pour leur développement est une manière efficace de les protéger tout en les guidant vers une compréhension saine de leur corps.
  • Surveiller les changements dans le comportement : Si un enfant commence à manifester une gêne soudaine, qui semble inhabituelle ou persistante, il est utile de chercher à en comprendre les raisons.
    Une discussion ouverte et respectueuse avec l’enfant peut aider à déceler si quelque chose le dérange ou s’il est influencé par des éléments extérieurs.

Respecter et accompagner la pudeur, une étape clé du développement

Accompagner la pudeur de son enfant, c’est avant tout lui permettre de se sentir en sécurité dans son corps et dans son intimité.

En respectant son besoin d’autonomie, en adoptant une communication bienveillante et en lui montrant l’exemple, vous l’aidez à construire une relation saine avec son propre corps et avec les autres.

Chaque enfant évolue à son rythme, et votre écoute attentive lui permettra de traverser cette étape avec confiance et sérénité.

🎈Et vous, avez-vous remarqué l’éveil de la pudeur chez votre enfant ? - Comment avez-vous réagi ?

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Sandra, coach parental

Sandra, coach parental

Plus de 20 ans d'expérience dans la puériculture en crèche, maman de trois enfants, je vous accompagne et réponds à toutes vos questions.

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