Téléviseurs, ordinateurs, consoles, tablettes, smartphones… Les écrans se sont imposés au cœur du quotidien des enfants, et il devient presque impossible de les éviter.
Dès leur plus jeune âge, les tout-petits y sont exposés, évoluant avec une aisance déconcertante dans cet univers numérique, sous le regard tantôt attendri, amusé ou même fasciné de leurs parents. Ce n’est que récemment que les dangers liés à cette exposition précoce commencent à être mis en lumière. L’impact des écrans sur les jeunes enfants est désormais reconnu comme un véritable enjeu de santé publique, nécessitant une prise de conscience collective.
Face à cette révolution numérique, une question essentielle se pose : quel sera l’effet de cette immersion digitale sur leur développement global, leur intelligence, leur rapport au monde et leurs modes de pensée ?
Définition des écrans et état des lieux.
Le terme "écran" désigne la surface visuelle utilisée par différents dispositifs, allant de la télévision et du cinéma (non interactifs) aux outils numériques interactifs tels que l'ordinateur, la console de jeux, la tablette et le smartphone.
En moyenne, un foyer est équipé de 10 à 11 écrans. En Europe, entre 34% et 70% des enfants de moins de 3 ans disposent d'une télévision dans leur chambre, et 38% des moins de 2 ans ont déjà manipulé un smartphone ou une tablette.
Un tout-petit passerait environ 36 minutes par jour devant un écran, dont 9 minutes à appuyer de manière aléatoire sur les boutons.
Le secteur des applications pour enfants est en plein essor : l'Apple Store propose environ 40 000 applications destinées aux bébés.
Des chaînes comme Baby First ou Baby TV promeuvent la stimulation précoce et se présentent comme des solutions pour aider à l'endormissement, même lors de réveils nocturnes.
Certains produits comme Baby Einstein ou Baby Mozart, ainsi qu'un transat tablette de Fisher Price équipé d'une station d'accueil pour iPad, prétendent stimuler l'intellect du nouveau-né et favoriser son suivi visuel.
Les écrans sont souvent utilisés par les adultes pour occuper, distraire ou calmer les tout-petits, ainsi que pour faciliter certaines situations délicates (attente, voyages) ou encore les instruire.
Toutefois, ces outils ne remplissent pas réellement ces fonctions de manière appropriée. Dans un de mes précédents articles, nous avions étudié le cerveau du jeune enfant et il me semble important d’en rappeler brièvement le fonctionnement.
L'apport des neurosciences
Les recherches actuelles montrent qu'une grande partie du développement cérébral se produit avant l'âge de 3 ans.
C'est durant cette phase que la plasticité neuronale est à son apogée : le cerveau est hautement réceptif et capable d'adaptations majeures.
Toutes les expériences et interactions proposées par l'adulte façonnent le cerveau encore immature du jeune enfant. Par exemple, un nouveau-né privé de sa vue pendant un an ne développerait pas la capacité de voir.
Les outils d'apprentissage utilisés influencent directement l'activité synaptique et la structuration de la pensée.
Le cerveau du jeune enfant se nourrit d'interactions bienveillantes : une écoute attentive et des échanges réels stimulent son développement neuronal.
Le contact physique et l'engagement émotionnel sont indispensables, car les relations virtuelles ne suffisent pas à activer pleinement les circuits cérébraux.
Illustrons cela: autour de 14 mois, un enfant qui pointe du doigt vers un objet cherche à attirer l'attention de sa figure d’attachement. L'adulte peut répondre : "Ah, tu me montres cette poupée sur l'étagère,c’est ça que tu veux me dire, tu l'aimes bien ? et il lui donne. Les voilà en “boucle interactive” Cette interaction, alternant demande et réponse, nourrit la dynamique relationnelle et sert de modèle pour les futurs échanges de l'enfant.
L’impact de l’utilisation des écrans sur la relation d’attachement, le développement sensoriel, affectif, émotionnel et cognitif
La relation d’attachement
L’être humain est fondamentalement un être de relation. Développer un lien d'attachement est essentiel pour instaurer un sentiment de sécurité et encourager l'estime de soi chez l'enfant.
Dès la naissance, le bébé a besoin d'être porté physiquement et psychiquement. Cet enveloppement sécurisant, qui inclut la reconnaissance de ses besoins et une réponse attentive à ses demandes, est ce que Winnicott désignait par le "holding" et le "handling".
Que penser alors de la présence d’écrans dans des lieux aussi cruciaux que la maternité, où se nouent les premiers liens ?
Lorsqu'une mère regarde la télévision pendant que son bébé repose dans ses bras, l’enfant, qui cherche à capter l’attention de sa mère, se retrouve confronté à une rupture d’interaction.
L’absence de vigilance conjointe empêche cette rencontre essentielle, questionnant ainsi la célèbre phrase de Winnicott: "L’enfant se voit dans le regard de sa mère." Dans cette situation, le lien mère-enfant est momentanément interrompu, compromettant la qualité de l’attachement et le développement émotionnel harmonieux.
Le développement sensoriel
Le développement sensoriel du jeune enfant repose sur l'exploration de son environnement à travers ses cinq sens : la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat et le goût. Dès les premiers mois, il est essentiel qu'il puisse expérimenter concrètement ces perceptions pour bien comprendre et interagir avec le monde qui l'entoure.
Les écrans, qu'ils soient télévisuels, tablettes ou smartphones, présentent des images en deux dimensions, bien différentes de la perception des objets réels en trois dimensions.
Un enfant face à un écran ne peut pas expérimenter toutes les propriétés sensorielles d'un objet : il ne peut ni le toucher, ni en percevoir l'odeur, ni le porter à la bouche pour l'explorer pleinement. Cette limitation appauvrit considérablement l'expérience sensorielle.
Un tout-petit qui interagit avec un écran tactile touche, balaie, scrolle et observe le résultat immédiat de son geste, souvent spectaculaire et coloré.
Ce phénomène peut être comparé à la découverte de la trace laissée par un doigt dans de la purée ou par un crayon sur du papier.
Cependant, avec un écran, l'effet est amplifié : les images et animations semblent magiques, gratifiantes et captivantes.
Pourtant, cette interaction limitée au doigt isole l'enfant de l'engagement corporel global nécessaire à son développement.
Le jeune enfant construit son schéma corporel et sa motricité globale en sollicitant l'ensemble de son corps : attraper, jeter, ramper, pousser, tirer, remplir, vider.
Ces expériences sensorielles riches stimulent non seulement sa coordination, mais aussi son intelligence sensorimotrice.
Restreindre ces découvertes au simple mouvement du doigt sur un écran prive l'enfant de dimensions essentielles à son développement.
De plus, l'exposition précoce aux écrans 3D présente des risques. Fatigue visuelle, maux de tête, troubles de la vision et sensation d'yeux secs peuvent apparaître. Le développement de la vision étant particulièrement rapide durant les deux premières années et en maturation jusqu'à 10 ans.
Les images en 3D, qui imposent un effort inhabituel de convergence oculaire, perturbent ce processus naturel.
Face à ces constats, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) recommande d'éviter l'exposition aux technologies 3D avant 6 ans et de limiter leur usage jusqu'à 13 ans par précaution.
Enfin, l'exposition aux champs électromagnétiques, bien que souvent minimisée, a des effets prouvés, particulièrement chez les jeunes enfants dont les tissus sont plus fins et plus sensibles aux ondes. La prudence s'impose donc pour préserver leur santé et favoriser un développement sensoriel optimal.
Le développement affectif et émotionnel
Le tout-petit absorbe pleinement l’atmosphère qui l’entoure et ressent diverses émotions.
Lorsque ses ressentis ne sont ni compris, ni verbalisés, ni accompagnés par une parole bienveillante, cela peut générer des émotions contradictoires comme la peur, la colère, la tristesse ou l’angoisse.
Ces émotions non reconnues fragilisent son équilibre affectif et émotionnel, impactant sa confiance en lui et son sentiment de sécurité intérieure.
Les écrans, par leur nature, sont une source de surstimulation. Le flot constant d’images, les sons intenses et le rythme rapide entraînent souvent irritabilité, instabilité et fatigue chez l’enfant.
Derrière une apparente tranquillité devant l’écran, son cerveau reste dans un état d’excitation permanent, créant un rythme mental qu’il cherchera inconsciemment à retrouver même après avoir éteint l’appareil.
Cette excitation persistante peut se traduire par des colères et des comportements agités, car l’enfant espère inconsciemment que l’écran finira par l’apaiser, ce qui n’arrive jamais.
Les images captivent l’attention des tout-petits en déclenchant des émotions fortes. Voir un enfant pleurer sur un écran peut réveiller chez lui des angoisses profondes, comme la peur de la séparation avec ses parents.
Les scènes dramatiques ou violentes, même dans des dessins animés destinés à la jeunesse, peuvent être perçues de manière traumatisante par l’enfant, alors qu’elles semblent anodines pour un adulte.
Par exemple, Charlotte, quatre ans, présentait des troubles du sommeil après avoir vu les crocs impressionnants d’un ours bâillant dans un dessin animé.
Paul, lui, a développé une peur intense de la mort après avoir vu la scène où la mère de Babar disparaît.
Face à ces réactions, il est essentiel de permettre à l’enfant de verbaliser ses émotions.
Si un parent exprime ouvertement ses ressentis face à une scène, comme en disant « Oh là là, moi je trouve ça triste », cela ouvre la voie à l’expression émotionnelle de l’enfant, qui se sentira autorisé à partager ses propres ressentis.
Mettre des mots sur les émotions permet de donner du sens aux images qu’il perçoit.
Un signe révélateur du trop-plein émotionnel peut être l’agitation après un programme télévisé. Si l’enfant semble surexcité ou irrité, c’est souvent parce qu’il a accumulé une charge émotionnelle importante qu’il doit évacuer.
Cette libération peut se faire par la parole, le dessin ou le jeu. Le flot d’images reçu passivement, dans un état proche de l’hypnose, laisse une frustration latente, et l’arrêt brutal de l’écran crée un vide soudain qui amplifie cette agitation.
Reconnaître ces signes et accompagner l’enfant dans l’expression de ses émotions est essentiel pour son équilibre affectif et émotionnel.
Le développement cognitif
Le langage se construit dans un échange humain riche et vivant, impliquant la voix, les intonations, le regard, les mimiques et les expressions du visage.
Dès ses premiers mois, le bébé participe à des dialogues sonores, répétant des sons dans un véritable échange avec l'adulte.
Des recherches ont montré que certaines zones du cerveau s'activent spécifiquement lorsqu'on raconte des histoires ou chante des comptines à un tout-petit.
90 % des imitations verbales chez le bébé sont initiées par l'adulte qui l'encourage à s'exprimer.
Le nombre de mots entendus et prononcés avant 3 ans est un facteur clé du développement du langage futur. En revanche, un écran qui diffuse des paroles ne s'adresse pas directement à l'enfant et n'encourage pas l'interaction.
Des études ont révélé que chez les enfants de 8 à 16 mois, chaque heure quotidienne passée devant des vidéos dites éducatives est associée à une réduction de 10 % du vocabulaire.
De plus, le risque de retard de développement du langage est multiplié par 6 en cas d'exposition quotidienne aux écrans avant l'âge de 1 an.
Même la télévision allumée en bruit de fond perturbe le développement du langage.
Elle réduit la fréquence et la qualité des échanges verbaux entre l'adulte et l'enfant, entraînant une baisse des sollicitations verbales et donc du nombre de mots entendus et répétés.
On estime que le déficit d'interactions peut atteindre 40 % lorsque la télévision reste allumée 6 heures par jour en moyenne.
L'impact des écrans sur l'attention est également documenté. Une exposition prolongée et précoce est liée à des troubles de l'attention et de la concentration dans les années suivantes. Chaque heure quotidienne d'écran avant 3 ans augmente de 9 % le risque de présenter à 7 ans des difficultés à se concentrer et à persévérer dans une tâche.
Carole Vanhoutte, orthophoniste, constate une augmentation des consultations pour des enfants de plus en plus jeunes présentant des troubles du langage, des difficultés d'attention et des problèmes d'apprentissage, souvent liés à une exposition trop précoce et prolongée aux écrans.
Un père s'est récemment exprimé sur le sujet: "Mon fils a 2 ans et demi et il est capable de rester concentré deux heures entières devant ses dessins animés.
S'il avait des problèmes d'attention, il ne pourrait pas tenir aussi longtemps !" Pourtant, cette capacité à rester fixé sur un écran n'est pas un signe d'attention soutenue, mais plutôt un état de passivité hypnotique qui diffère de la concentration active nécessaire aux apprentissages.
Qu'est-ce que l’attention
Il existe deux systèmes d’attention distincts chez l’enfant : l’attention exogène et l’attention endogène. L’attention exogène, souvent appelée attention automatique, est celle qui est captée par des stimuli extérieurs soudains et captivants, comme des lumières vives, des sons forts ou des mouvements rapides.
À l’inverse, l’attention endogène, ou volontaire, permet à l’enfant de se concentrer activement sur une tâche choisie, comme empiler des cubes, écouter une histoire ou dessiner.
Dès son plus jeune âge, l’enfant alterne naturellement entre ces deux formes d’attention : il peut être absorbé par le jeu, puis distrait par un bruit soudain, avant de revenir à son activité.
Cette capacité d'alternance est essentielle au développement de la concentration et de l'autorégulation.
Les écrans exploitent principalement l’attention exogène, sollicitant constamment les sens par un flux d’images rapides, des couleurs vives et des sons intenses.
Ce type de stimulation suractive le système automatique et réduit l’exercice de l’attention endogène, qui demande un effort plus soutenu.
Un enfant, en particulier avant 6 ans, n’a pas la maturité cérébrale pour réguler lui-même le temps passé devant l’écran.
Il devient donc plus difficile pour lui de se détourner de cet objet extrêmement captivant au profit d’activités plus calmes et constructives.
Peu importe le contexte familial, même dans un environnement riche en jeux et interactions, l’écran capte l’enfant de manière quasi irrésistible.
Ce phénomène s’observe même lorsque la télévision est simplement allumée en arrière-plan : elle capte son attention sans qu’il s’en rende compte, au détriment des échanges familiaux et de l'exploration active.
Un soir, Léo, 4 ans, regarde son dessin animé préféré. Son papa lui demande à plusieurs reprises d’aller mettre son pyjama, mais Léo ne réagit pas, absorbé par l’écran. Son regard est fixé, son corps immobile, comme s’il était "dans son monde".
En réalité, son attention exogène est entièrement captée par les stimulations visuelles et sonores de l’écran, empêchant le message de son papa d’atteindre pleinement son cerveau.
Ce n’est qu’au moment où l’écran s’éteint que Léo semble revenir à la réalité, souvent agacé ou frustré, incapable de dire ce qui lui a été demandé.
La passivité
L'enfant est dans un état de totale passivité devant la télévision. Lorsqu'il est face à un écran, son cerveau est capté par le flux continu d'images et de sons, sans qu'il n'ait besoin d'interagir ou de participer activement.
Pourtant, pour se développer harmonieusement, l'enfant a besoin d'expérimenter, de manipuler, d'agir et de comprendre la relation action-réaction.
C'est en interagissant avec son environnement, ses pairs et les adultes qu'il explore le monde, développe son intelligence et construit sa pensée.
Devant un écran, l'enfant est spectateur et non acteur. Tony Lainé, pédopsychiatre reconnu, nous rappelle que les écrans sont froids, dénués de chaleur humaine et d'interactions affectives.
Rien ne peut remplacer l'échange, le regard bienveillant, les gestes partagés et la communication réelle avec l'entourage.
Ces interactions sont essentielles à la construction de l'estime de soi et à l'intégration des émotions.
Vers 3 ans, l'enfant développe progressivement des capacités de compréhension narrative, mais il reste encore très sensible aux images fortes et a du mal à interpréter les intentions des personnages ou à suivre une histoire complexe.
Ce n'est qu'à partir de 6-7 ans que l'enfant commence à avoir une réelle capacité de compréhension critique du contenu médiatique, bien qu'il soit encore influençable et impressionnable Cette perception partielle peut induire une confusion et perturber son rapport au réel.
Le pédiatre allemand Peter Winterstein a démontré, à travers une étude marquante, que l'exposition excessive aux écrans pouvait perturber la construction de la représentation de soi.
En demandant à 1900 enfants âgés de 5 à 6 ans de dessiner un bonhomme, il a constaté un nombre alarmant de corps déformés et désorganisés, traduisant une représentation confuse et altérée du schéma corporel.
Cette distorsion suggère que les écrans, en monopolisant l'attention de l'enfant sans offrir d'expériences sensori-motrices, représentent un frein important à son développement global.
Une altération au sommeil
Le sommeil joue un rôle fondamental dans la santé globale de l'enfant, aussi bien sur le plan physique que psychique.
C'est pendant le sommeil que le cerveau consolide les apprentissages, que les cellules se régénèrent et que le système immunitaire se renforce.
Un sommeil de qualité est donc essentiel à son développement harmonieux, à sa gestion des émotions et à sa capacité d'attention au quotidien.
Pourtant, l'exposition aux écrans peut sérieusement perturber cet équilibre fragile.
Pour s'endormir sereinement, un enfant a besoin d'un environnement calme et sécurisant, souvent accompagné par la présence bienveillante d'un parent.
Des rituels du coucher tels qu'une histoire racontée, un câlin ou une berceuse créent un cadre propice à l'apaisement du système nerveux.
Ces moments de connexion affective favorisent la production d'ocytocine, l'hormone du bien-être, qui agit en complément de la mélatonine, l'hormone clé du sommeil.
Cependant, les écrans, et en particulier la lumière bleutée qu'ils émettent, viennent perturber cette mécanique naturelle. La lumière bleue, proche de celle du spectre lumineux du jour, stimule les récepteurs situés dans la rétine, qui transmettent au cerveau l'information qu'il fait encore jour.
Ce signal inhibe la production de mélatonine, l'hormone responsable de l'endormissement, et perturbe l'horloge biologique interne (le rythme circadien).
Résultat, le cerveau peine à enclencher le processus naturel de l'endormissement, maintenant l'enfant dans un état d'éveil prolongé, même lorsqu'il est fatigué.
De plus, les contenus stimulants diffusés à l'écran (dessins animés, jeux interactifs, vidéos rythmées) sollicitent l'attention de manière intense, empêchant le cerveau de ralentir son activité.
Ce phénomène, appelé hyperactivation cérébrale, s'oppose à l'apaisement nécessaire avant le coucher.
En conséquence, l'enfant peut éprouver des difficultés à s'endormir, connaître des réveils nocturnes fréquents ou avoir un sommeil fragmenté et moins réparateur.
À long terme, ce déficit de sommeil peut engendrer des répercussions importantes : fatigue chronique, irritabilité, difficultés de concentration et même un impact sur la régulation émotionnelle. Limiter l'exposition aux écrans en fin de journée et privilégier des activités apaisantes et interactives, comme la lecture ou le jeu calme en famille, contribue donc à préserver un sommeil de qualité, essentiel au bien-être et au bon développement de l'enfant.
Les troubles alimentaires chez le jeune enfant
Dès sa naissance, le bébé est un être profondément relationnel. Il ne peut se contenter d'être nourri de manière automatique.
Le repas est bien plus qu'un simple moment de nutrition. Il s'agit d'une interaction essentielle, où l'enfant a besoin que l'adulte qui le nourrit soit pleinement disponible et attentif à ses signaux.
Un échange affectif se crée lorsque l'adulte répond à ses besoins avec douceur et bienveillance, renforçant ainsi le lien d'attachement et la sécurité affective.
Le repas devrait être un moment de partage, un équilibre entre le plaisir de donner et celui de recevoir.
Cependant, cette dynamique est souvent perturbée par la présence des écrans pendant les repas.
Selon le Syndicat Familial des Aliments de l'Enfant, 29 % des enfants de moins de 3 ans sont exposés à un écran durant ce temps pourtant crucial.
Absorbé par les images, l'enfant mange de manière mécanique, sans prêter attention aux sensations de faim ou de satiété.
Il ne savoure plus les aliments, ne perçoit ni les textures, ni les saveurs. Son attention est détournée de son propre corps, ce qui réduit sa capacité à écouter ses sensations internes, essentielles pour un apprentissage alimentaire sain.
Cette automatisation du repas peut avoir des conséquences importantes sur le comportement alimentaire et la santé.
La privation de cette expérience sensorielle et relationnelle transforme l'enfant en un simple "corps-machine" qui avale sans conscience.
L'impact sur la santé, notamment sur le risque d'obésité infantile, est aujourd'hui bien documenté.
Chaque heure quotidienne passée devant un écran augmente l'indice de masse corporelle (IMC) et favorise les comportements à risque, tels que le grignotage et la réduction des activités physiques.
Privilégier des repas sans écrans permet non seulement de préserver ces moments de partage et de connexion, mais aussi d'encourager une meilleure écoute du corps, essentielle pour l'apprentissage des sensations alimentaires et le développement d'habitudes saines dès le plus jeune âge.
Apprivoiser les écrans : accompagner sans culpabiliser
Tout comme il existe des règles pour l'alimentation du tout-petit, il est possible d'établir une "diététique des écrans" adaptée à son développement.
L'objectif n'est pas de diaboliser ces outils, mais de les introduire au bon moment et dans un cadre approprié.
Un écran n'est pas un simple jouet et ne doit pas être surestimé dans son rôle éducatif.
Le véritable enjeu est de réfléchir collectivement à l'utilisation des écrans, tant sur le plan individuel, familial que sociétal, afin de préserver un développement harmonieux de l'enfant.
- L'exemplarité parentale est essentielle: Avant de poser des limites aux enfants, il est primordial que les adultes réfléchissent à leur propre usage des outils numériques.
Réduire, voire supprimer, l'usage des écrans en présence des tout-petits est une règle éducative plus facile à transmettre si elle est appliquée par toute la famille.
- Évitez les écrans avant 3 ans: La meilleure recommandation est de ne pas proposer d'écrans avant cet âge, ni le matin, ni pendant les repas, ni dans la chambre, ni avant le coucher.
Le jeune enfant a besoin d'interactions réelles, de jeux libres et de moments partagés avec ses parents pour se construire.
- Si un écran est introduit, soyez présent: Si malgré tout, un dessin animé est proposé à un enfant de moins de 3 ans, l'idéal est de le regarder avec lui.
Cela permet d'interagir, de commenter les images et d'aider l'enfant à développer son langage et sa compréhension.
- Les écrans doivent rester secondaires: Après 3 ans, les écrans peuvent être utilisés de manière ponctuelle et toujours accompagnés d'un adulte.
Ils ne doivent jamais remplacer les jeux traditionnels, mais plutôt venir en complément, dans un but de partage et d'échange.
- Privilégiez les activités manuelles et physiques: Offrez à votre enfant des expériences variées, pâte à modeler, coloriage, jeux d'eau, transvasement, sorties en plein air... Comme l'explique le pédopsychiatre Serge Tisseron : « Celui qui sait utiliser des cubes réels gagnera beaucoup à assembler des cubes virtuels, mais celui qui ne sait pas assembler des cubes réels ne gagnera rien à assembler des cubes virtuels. »
- Gérer les différences d'âge dans une fratrie: L'utilisation des écrans varie selon l'âge des enfants, ce qui peut parfois générer de la frustration chez les plus jeunes.
L'essentiel est d'expliquer clairement les raisons de ces différences et de proposer des alternatives adaptées à chacun.
Protéger l'enfance, un engagement collectif
Les écrans, bien que attractifs, ne doivent jamais se substituer aux interactions humaines, aux jeux libres et aux découvertes sensorielles.
Le développement de l'enfant repose avant tout sur des expériences réelles et partagées.
En tant que parents, votre rôle est essentiel pour encadrer ces outils et offrir à votre enfant un équilibre propice à son épanouissement.
Faites de votre présence et de vos échanges le cœur des apprentissages.
Chaque moment passé ensemble contribue à construire des souvenirs précieux et à renforcer le lien familial.
Laisser un commentaire