Aujourd'hui, notre regard sur les larmes a bien changé, surtout lorsqu'il s'agit des tout-petits. Les pleurs sont souvent perçus comme un signal d'alarme, un problème à résoudre rapidement, une source de stress et d'inquiétude. Pourtant, si l'on s'inspirait de cette vision ancienne, ne pourrions-nous pas envisager les pleurs autrement ?
Cependant, il est crucial de rappeler que le stress lié aux pleurs intenses peut, dans de rares cas, conduire à des gestes irréparables comme le syndrome du bébé secoué.
Ce traumatisme grave, souvent causé par une perte de contrôle face aux pleurs, peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles, voire la mort.
Sensibiliser sur l'importance de comprendre et d'accompagner les pleurs des tout-petits est donc essentiel pour prévenir de tels drames.
Cet article propose d'explorer la signification des pleurs chez les tout-petits, de démystifier leurs causes et de réfléchir à la manière dont nous, adultes, pouvons mieux répondre à ces appels.
Redécouvrons ensemble la valeur précieuse de ces larmes, non comme un signal d'alerte, mais comme un langage essentiel de l'enfant.
Pourquoi bébé pleure-il ?
Dès sa naissance, le bébé ne dispose pas de mots pour s’exprimer. Ses cris et ses pleurs sont ses premiers outils de communication, lui permettant de signaler ses besoins physiques et émotionnels dans l’espoir d’une réponse bienveillante.
Les pleurs sont la toute première preuve de vitalité. Attendus par les parents dès l’accouchement, ils confirment que leur enfant est vivant, capable de s’exprimer et de réagir à son environnement.
Dans les premiers jours de vie, un nouveau-né peut ressentir le besoin de pleurer, exprimant ainsi son arrivée dans ce monde inconnu, la douleur liée aux contractions ou encore la séparation du giron maternel.
Un nourrisson silencieux, qui ne pleure pas, peut parfois inquiéter : il se coupe alors de son besoin d’appeler à l’aide et risque de passer inaperçu.
Pleurer est un signe fondamental de communication. De nombreuses raisons peuvent expliquer ces manifestations : la faim, le besoin de sommeil, le besoin de réconfort, la colère, la peur, la détresse, l’excitation, ou encore une situation d’inconfort ou de maltraitance.
Certaines situations du quotidien peuvent également être sources de pleurs : la séparation, lorsqu’il est confié à une assistante maternelle ou à la crèche, la frustration, comme lorsqu’il attend son biberon avec impatience, ou encore la détresse affective, par exemple lorsqu’il se sent ignoré ou rejeté.
Les pleurs jouent aussi un rôle essentiel dans la gestion du stress émotionnel.
Ils permettent au bébé d’évacuer les tensions accumulées au fil de la journée.
Ainsi, il peut éclater en sanglots à l’instant où sa maman revient le chercher après une longue absence, exprimant le soulagement et l’intensité de l’émotion ressentie.
Face à des expériences sensorielles intenses, le bébé peut être submergé par ses émotions. Tommy, 9 mois, fond en larmes quand son papa imite un personnage avec une voix plus grave que d’habitude: il ne reconnaît plus cette voix et se sent déstabilisé, comme si son père n’était plus lui-même.
Enfin, les pleurs sont bien plus qu’un simple signal : ils déclenchent un besoin instinctif de protection et de proximité chez l’adulte qui fait référence au lien”d’attachement”. Un bébé qui pleure a toujours quelque chose à exprimer.
Il a besoin d’être écouté, consolé, et que son message soit compris par l’adulte qui prend soin de lui.
Impact émotionnel des pleurs chez l’adulte.
Les pleurs des bébés peuvent susciter des réactions très fortes chez les adultes, et ce, pour des raisons multiples.
Le niveau de tolérance à ces pleurs varie selon l’histoire personnelle de chacun, ses expériences passées, son éducation, et ses connaissances sur le développement des tout-petits.
En effet, les émotions vécues pendant l’enfance influencent directement notre manière de répondre aux pleurs d’un bébé.
Prenons l’exemple de "Monsieur A", qui, confronté aux pleurs de son bébé de 4 mois, se trouve désemparé.
Habitué à entendre ses proches lui dire que laisser pleurer un bébé "l’aide à apprendre à se calmer tout seul", il choisit de ne pas intervenir immédiatement, pensant que cela favorise son autonomie.
Pourtant, au bout de quelques minutes, son cœur se serre.
Chaque cri de son bébé semble comme un appel désespéré, une souffrance qu’il n’arrive plus à ignorer.
Le dilemme qu’il traverse est intense : son besoin de répondre à son enfant se heurte aux croyances et à l’éducation qu’il a reçues, le plongeant dans une confusion émotionnelle.
Il ressent alors une pression qui le pousse à se contenir, mais il sent aussi cette envie de réconforter, de protéger son enfant.
Les pleurs d’un bébé peuvent activer, chez l’adulte, des souvenirs d’enfance et des émotions souvent inconscientes, qui vont affecter leur capacité à gérer cette situation de manière calme et apaisante.
Cette réaction, parfois violente, peut se transformer en un ras-le-bol, un sentiment de culpabilité ou encore une tension corporelle insupportable.
C’est ce que raconte aussi "Monsieur D", qui, face aux pleurs de son fils de 5 mois, se sent envahi par une violence intérieure. “Je ne peux pas le supporter, il me détruit, il m’attaque”, dit-il. Il ressent l’envie irrépressible de faire cesser ces pleurs coûte que coûte, au point de vouloir s’éloigner et laisser sa femme prendre le relais.
Dans ces moments-là, il se rend compte qu’il a besoin de sortir pour marcher et reprendre le contrôle de ses émotions.
Ce phénomène est complexe et peut aller jusqu’au syndrome du bébé secoué, où l’épuisement et la frustration face aux pleurs peuvent entraîner des gestes dangereux pour l’enfant. Un bébé secoué peut souffrir de lésions cérébrales graves et irréversibles.
Les pleurs sont donc bien plus qu’un simple bruit pour les adultes ; ils sont un miroir qui renvoie à nos propres angoisses, à notre incapacité parfois à gérer nos émotions face à une situation de vulnérabilité extrême.
La clé réside dans notre capacité à faire face à ces émotions, à les reconnaître, et à y répondre avec douceur et empathie. Apprendre à accueillir ces pleurs sans se laisser submerger par des sentiments d’impuissance, de colère ou de culpabilité, est essentiel pour le bien-être de l’enfant comme des parents.
Accompagner l’enfant qui pleure
Il est essentiel de ne pas minimiser les pleurs de l’enfant, mais de les entendre et d’y répondre avec attention.
Chaque cri de bébé est un appel, un besoin urgent de réconfort et de sécurité.
L’idée que les pleurs sont des caprices, une invention des adultes qui ne trouvent plus de solution, est totalement erronée, comme le souligne la psychothérapeute Isabelle Filliozat. Le tout-petit ne possède pas encore la capacité de s’apaiser seul ; il dépend entièrement des adultes pour se sentir rassuré.
Lorsqu’une mère répond rapidement, dans les 90 secondes suivant les pleurs de son bébé, celui-ci se calme souvent en quelques secondes seulement.
En revanche, si la réponse se fait attendre 3 minutes, il lui faudra jusqu’à 50 secondes pour retrouver son calme.
En retardant l’intervention, on multiplie par dix la durée des pleurs.
Le bébé ne comprend pas le concept du temps, mais chaque seconde d’attente devient un véritable calvaire, et chaque instant de plus augmente son angoisse.
Les enfants dont les besoins sont satisfaits rapidement grandissent en sachant qu’ils peuvent compter sur leur entourage pour les soutenir.
Ils développent ainsi un sentiment de sécurité et pleurent beaucoup moins, car ils savent que l’adulte est là pour répondre à leurs appels.
En revanche, le bébé que l’on laisse pleurer se sent abandonné, impuissant et terrorisé.
Il se désorganise, devient rouge de détresse, s’agite frénétiquement, son cœur bat plus vite.
Il vit alors un véritable stress, avec des conséquences chimiques sur son corps : le cerveau libère du cortisol et de l’adrénaline, des substances toxiques pour son développement.
Ce stress non exprimé peut laisser des traces à long terme. En effet, lorsque l’enfant n’est pas entendu dans ses pleurs, il peut se refermer sur lui-même et subir en silence cette souffrance.
Parfois, pour se faire entendre, il développe des symptômes physiques : angines, otites, éruptions cutanées, troubles digestifs ou alimentaires.
Ces troubles sont souvent une manifestation d’une détresse intérieure non exprimée.
À force d’être ignoré, le lien d’attachement entre l’enfant et ses parents se fragilise, privant ainsi l’enfant de la sécurité affective dont il a tant besoin pour se développer harmonieusement.
Pouvoir accepter les pleurs, c’est les accueillir dans toute leur intensité
Consoler un enfant ne signifie pas nécessairement arrêter les pleurs, cela consiste plutôt à lui offrir une présence bienveillante, à soulager son stress, à le rassurer. Consoler, c’est aussi écouter l’expression de son désarroi et être là pour lui, en lui parlant, en lui offrant un regard rassurant, en apportant la sécurité d’une parole apaisante.
Léon, 6 mois, pleure bruyamment depuis un quart d’heure. Sa maman a vérifié sa couche, lui a donné à manger et à boire, il a fait sa sieste en début de journée et semble être bien.
Pourtant, il n’arrête pas de hurler. Dans son désarroi, sa mère commence à émettre des hypothèses :
"Est-ce que tu es fatigué mon cœur, n’as-tu pas assez dormi" ?
"Peut-être que ce matin, tu t’es un peu énervé à la crèche et cela t’a chamboulé" ?
"Ou est-ce que tu essaies de me dire quelque chose que je ne comprends pas" ?
Peu à peu, Léon commence à se calmer, son rythme s'apaise et, dans les bras de sa maman, il finit par s'endormir.
Mais quelle hypothèse était la bonne ? Cela, sa maman ne le saura jamais.
Chercher à comprendre la cause des pleurs d’un bébé n’est pas toujours simple.
Cependant, la puissance calmante de la parole a fait ses preuves.
Les mots ont un pouvoir apaisant. Le bébé ressent la présence et l’accompagnement de l’adulte dans cette parole, ce qui lui offre un sentiment de sécurité.
En revanche, l'absence de réponse ou de mots peut engendrer un sentiment d’insécurité chez l’enfant. Ne pas venir en aide à un tout-petit en pleurs, c’est ignorer sa souffrance émotionnelle, et cela peut être perçu comme un acte de violence.
En accueillant les pleurs sans chercher à tout prix à les faire cesser, en étant à l’écoute de ses émotions, en observant attentivement l’enfant et en lui offrant un regard rassurant et des mots apaisants, l’adulte adopte une posture bienveillante.
Cette approche permet au bébé de se sentir compris et sécurisé, favorisant ainsi son apaisement en toute confiance.
Conseils pour les parents
- Analysez les causes possibles des pleurs: Prenez un moment pour réfléchir à ce qui pourrait avoir déclenché les pleurs de votre enfant. Verbalisez avec lui toutes les options possibles : “Tu veux que je te prenne dans mes bras ? Tu as faim ? Tu es fatigué ? Tu te sens mal ? Tu as passé une journée difficile ?” Cela peut aider à mieux comprendre ses besoins.
- Restez calme et ne vous fâchez pas: Gardez votre sang-froid, même si les pleurs persistent. Le bébé ressent vos émotions, et votre calme apportera une sensation de sécurité. N'oubliez pas que ses pleurs ne sont pas dirigés contre vous, mais sont son moyen d'expression.
- N'ignorez pas son chagrin: Le chagrin de votre bébé signifie qu'il a un besoin.
Il n'est jamais gratuit. Reconnaître cela et offrir une réponse chaleureuse et réconfortante est essentiel pour le rassurer.
- N’hésitez pas à le prendre dans vos bras: Si votre bébé pleure, prendre le temps de le prendre dans vos bras peut être un geste très apaisant. Il ressentira la sécurité et la chaleur de votre présence, ce qui l’aidera à se calmer.
- Faites confiance à votre intuition: Vous êtes les mieux placés pour comprendre les pleurs de votre enfant. Votre instinct parental vous guidera.
Ne laissez pas les conseils extérieurs vous déstabiliser, chaque bébé est unique et ce qui fonctionne pour l'un ne fonctionne pas forcément pour l'autre.
- Ne vous laissez pas influencer par les autres: Ignorez les conseils non sollicités du type : "Laisse-le pleurer un peu, il finira par se calmer" ou "C’est normal, tous les bébés passent par là". Vous connaissez mieux que quiconque ce qui est bon pour votre enfant.
- Réorganisez l'environnement si nécessaire: Si les pleurs persistent, cela peut être lié à l’environnement.
Repensez les rituels du coucher pour instaurer une routine plus apaisante, en introduisant une séquence régulière d'activités comme le jeu, le bain et le repas.
Cela permettra à votre enfant de mieux anticiper et de se préparer à la fin de la journée. Instaurer des moments calmes avant le coucher:
- Évitez toute excitation intense avant le coucher: Pas d’écrans, de jeux trop stimulants ou de combats de chatouilles.
Préférez des activités douces comme des histoires ou des chansons apaisantes qui préparent à la séparation de la nuit.
- Acceptez les pleurs au moment de la séparation: Il est normal que votre bébé pleure un peu lorsque vous quittez la chambre.
Cela fait partie du processus de séparation et d’endormissement.
Laissez-lui un peu de temps pour s’adapter, en sachant que votre retour est prévu.
- Rassurez sans forcément le prendre dans vos bras: Si les pleurs deviennent plus intenses, retournez voir votre bébé sans le prendre immédiatement dans vos bras.
Parlez-lui doucement, caresser son dos, cela pourra l’apaiser tout en respectant son besoin d’autonomie et de confort.
Les pleurs de votre bébé peuvent sembler accablants, mais comprendre leur origine et savoir comment y répondre peut grandement améliorer votre quotidien en tant que parent.
Si vous vous sentez parfois désemparé ou que vous avez des questions sur l’accompagnement de votre tout-petit dans ses moments de détresse, je suis là pour vous aider.
Prenez rendez-vous dès maintenant pour un accompagnement personnalisé. Ensemble, nous trouverons les solutions adaptées à votre famille pour mieux comprendre et gérer les pleurs de votre bébé, renforcer votre relation avec lui, et cultiver une approche bienveillante pour apaiser ses émotions.
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