La propreté, est-ce que ça s'apprend ?
Être propre n ‘est pas un apprentissage mais une acquisition c’est une étape importante dans la conquête de l’autonomie et de la socialité.
L’enfant découvre le plaisir d’être sans couche et de faire comme les grands.
Elle est avant tout son affaire à lui. C’est un processus naturel qui ne s’apprend pas , qu’il ait été ou non sollicité par l’adulte, l’enfant est capable spontanément de contrôler ses sphincters le moment de maturité venu, entre 2 ans et demi et 3 ans et demi.
Différents mécanismes physiologiques et psychologiques entrent en jeu.
La maturation physiologique.
Au début, les enfants n’ont pas encore un contrôle complet sur les muscles volontaires, notamment ceux qui permettent de retenir ou de libérer les sphincters externes (muscles squelettiques). Leur contrôle se développe avec le temps.
L’apprentissage de la propreté passe par la maturation des connexions entre le cerveau et les muscles. Le cerveau commence à envoyer des signaux précis pour contracter ou relâcher le sphincter externe, permettant à l’enfant de ressentir et de répondre aux signaux de l’envie d’éliminer.
En parallèle, l'enfant observe et imite les comportements des adultes ou des autres enfants. Les encouragements, les routines et l’éducation à la propreté renforcent cette nouvelle compétence.
l’enfant apprend aussi à coordonner la reconnaissance du besoin imminent avec l’action de se rendre aux toilettes à temps. Cela implique à la fois un apprentissage cognitif (comprendre le signal) et moteur ( agir en conséquence).
De la même façon qu’il acquiert la marche quand il a l’équilibre, le maintien et la force musculaire suffisent pour le faire. L’adulte ne lui apprend pas à marcher, il l’accompagne et l’enfant marche quand toutes ces conditions sont réunies. C’est la même dynamique qui est à l'œuvre pour le contrôle des sphincters et de la vessie.
Françoise Dolto précise que “monter et descendre seul un escalier et une échelle, poser des objets fragiles, transporter des vases à demi pleins puis pleins, lancer un ballon avec le pied dans une direction donnée, jeter des objets avec précision ouvrir et fermer une boîte, boutonner et déboutonner, apprendre à découper, visser et dévisser ” sont des critères de maturité physiologique qui rendent possible la maîtrise des sphincters.
La maturation affective
Entre 2 et 3 ans, l’enfant intègre la différence des sexes et c’est à cet âge aussi qu’il rentre dans la période du non systématique de “ la toute puissance ”.
C’est une période qui est difficile pour les parents, mais indispensable pour affirmer son identité.
Il y a un décalage que nous pouvons observer entre le désir de l’adulte et le désir de l’enfant : ranger les jouets , prendre le bain, s’habiller pour partir à la crèche ou chez l’assistante maternelle, et vouloir absolument un bonbon de suite.
L’acquisition des contrôle des sphincters se situe à cette période là, et représente donc un terrain de désaccords, qui amène le conflit.
Ce désir d’être propre appartient avant tout à l’enfant. Son corps est à lui, et il n’a pas à faire plaisir à ses parents. Parfois l’enfant retient ses selles, il à mal au ventre et une constipation chronique peut arriver. L’enfant à peur de lâcher, de perdre une partie de lui.
Une explication assez simple du mécanisme de la digestion peut régler cette appréhension avec un livre à l’appui.
A l’enfant on peut dire que son corps à besoin d’être nourri, mais il a aussi besoin de se débarrasser de ce qui ne lui est pas utile pour continuer à bien travailler.
Tous les enfants ne sont pas prêts au même âge, ils évoluent en fonction de leur propre rythme qui n’est pas continu ni régulier, ils ont besoin de temps et de patience.
Conseils pour les parents et les pros
Votre enfant à besoin de votre soutien.
Ne soyez pas pressé.
Encouragez-le et faites-lui confiance, par exemple : “ Tu es arrivé trop tard sur le pot, ce n’est pas grave, bientôt tu pourras sentir plus vite l’envie de faire pipi et tu viendras à temps sur le pot “
Plus le parent sera tendu et stressé, plus l’enfant sentira la pression de la demande et le poids de sa responsabilité qui pourrait bien se convertir en culpabilité de ne pas pouvoir le satisfaire, ce qui serait bien dommage !
Ne vous fâchez pas, vous êtes là pour aider l’enfant à grandir, c’est une démarche éducative qui demande patience et respect, sans paroles blessantes : “ Tu as encore fait dans ta couche ! c’est sale ! “.
Permettez-lui de garder la couche aussi longtemps qu’il le désire, elle est une enveloppe rassurante qui le prévient de tout accident et elle n'empêche pas qu’il puisse se retenir.
Je me souviens d’une petite fille qui arrivait à se retenir et allait aux toilettes alors qu’elle portait une couche. Elle avait clamé tout fort : “ J'enlèverai ma couche quand je partirais de la crèche “, et c’est ce qu’elle fit.
Soyez attentif à ce qu’il vous montre pour savoir où il en est et pouvoir ainsi l’accompagner, par exemple quand il verbalise ce qui se passe dans son corps et ressent le besoin de faire pipi et déféquer. Suivre ainsi son rythme d'évolution, étape par étape.
N’enlever pas la couche “ pour essayer “, “ pour voir “ ou pour suivre le conseil d’une grand-mère ou des amis.
Quand il mouille sa culotte, il y a des témoins à cet échec, l’adulte intervient pour changer sa tenue et sa confiance en lui est ébranlée. Quand il mouille sa couche, il n’y a pas de témoin, c’est son affaire, personne n’a vu et cela change tout. Dans les deux cas, votre enfant n’a pas encore le contrôle total de ses sphincters, mais le port de la couche le préserve du sentiment de “ n’avoir pas pu se retenir “aux yeux des autres.
Quand la couche est sèche entre deux changes depuis plusieurs semaines, proposer de l’enlever et attendre l’accord de l’enfant.
N’hésitez pas à proposer la couche si l’enfant a des difficultés à rester propre. C’est juste une petite régression dont il a besoin pour accéder à nouveau à son désir de grandir.
Évitez de le mettre sans arrêt sur le pot. Comme la vessie se remplit environ toutes les deux heures, il se soulagera très peu à chaque fois et il ne pourra jamais avoir la sensation de la vessie pleine qui lui signifie le besoin de miction.
Le pot a sa place dans les toilettes qui sont aussi l’endroit réservé aux adultes, il ne peut pas être dans le salon devant la famille rassemblée, en faisant fi de la pudeur de l’enfant.
La séance du pot n’est pas une activité ni un moment de jeu, l’enfant a envie ou pas envie, c’est juste un moment nécessaire à la satisfaction des besoins qui n’a pas lieu de se prolonger.
N'exigez pas trop vite la propreté la nuit, qui survient habituellement quelques mois après celle du jour. Parfois, c’est l’enfant qui décide d’enlever la couche la nuit, parfois il la garde jusqu'à 4-5 ans et il n’y a rien d’anormal à cela !
Toutes les manipulations avec l’eau, le sable, la pâte à sel, la pâte à modeler qui sont des substituts symboliques des matières corporelles, permettent à l’enfant de jouer à l’extérieur de son corps ce qui se jour et ce qui se vie à l’intérieur de lui : - se vider, remplir - se retenir, faire couler, lâcher et relâcher sa vessie et ses sphincters, ect.
Je conseille fortement ces activités qui retiennent longuement l’attention des enfants, preuve qu’elles répondent à leurs préoccupations du moment.
Mettre des vêtements confortables et faciles à retirer pour faciliter l’habillage et le déshabillage et favorise l’autonomie : pas de bretelles ni de ceinture ou body, mais des vêtements de sport, des maillots des culottes des slips avec des dessins de leurs personnages préférés.
Partager la lecture de livres à ce sujet avec votre enfant permet de dédramatiser, de rire et de sourire ensemble.
Finalement, la propreté n’est pas un défi à relever ni un diplôme à décrocher. Votre enfant grandit à son rythme, et votre patience est son meilleur allié.
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